Pezon & Michel

LA REPRODUCTION DU SANDRE

Actualité rédigée le 8 Apr 2009 par Jean-Michel BAUGUIL.

La reproduction du sandre

 
S’il y a bien un poisson carnassier qui fait couler beaucoup d’encre et avive toutes les convoitises et passions ; c’est bien le sandre (Stizostedion lucioperca).
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Ce poisson originaire de l’Europe centrale a en l’espace d’environ 50 ans colonisé la plupart de nos eaux.
Sa capacité à s’adapter aux différentes conditions de milieux fait qu’il est capable de coloniser les types d’eaux les plus variées et parfois même des zones eutrophisées.
Il apprécie tout particulièrement les eaux calmes, lentes et tempérées et ses postes de prédilection sont les fonds aux profils irréguliers constitués de pierres et de graviers ou encombrés d’obstacles (murs, anciennes routes, arbres immergés…)
En dehors des gros sujets qui dans la plupart des cas demeurent solitaires et sédentaires, les sandres vivent en bancs d’individus de même âge et de taille voisine qui suivant les plans d’eaux peuvent se déplacer fréquemment, en fonction des saisons et des conditions météorologiques…
 
La reproduction du sandre est conditionnée comme beaucoup d’autres espèces de poissons par la température de l’eau.
C’est à environ 12°C que la reproduction va commencer, elle se situe suivant les régions d’avril à août et parfois plus tôt dans les régions du sud de la France.
 
Au moment de la reproduction, le sandre migre vers les frayères ce qui peut entraîner des concentrations importantes de poissons.
La reproduction se réalise de préférence sur un sol dur, sableux et graveleux, pourvu de
racines (le sandre est lithophile, c’est-à-dire que les œufs sont déposés sur le gravier).
Généralement la profondeur est faible, de 1 à 3 mètres.
Toutefois sa capacité d’adaptation est importante et il peut se reproduire sur des substrats différents et à des profondeurs plus importantes (jusqu’à 17 mètres en lac de barrage).
Les sandres s’unissent par paires, les œufs sont pondus dans un nid et ils se collent aux pierres et racines.
Comme nous pouvons le voir sur la photo ci-dessous réalisée par Michel Taragana sur le Lac de Saint Étienne de Cantales au profit d’une baisse de niveau, le nid est de forme circulaire d’un diamètre d’environ 1m2
 
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La femelle peut pondre jusqu'à 200 000 œufs par kg, le potentiel de reproduction du sandre est donc 10 fois plus élevé que celui du brochet.
Une fois la ponte terminée, la femelle quitte le nid et va se refaire une santé en s'alimentant copieusement. Le mâle, lui, monte la garde et repousse les "envahisseurs" : autres poissons, écrevisses, etc… qui tentent de dévorer les oeufs.
La vidéo réalisée par des plongeurs sur le Lac de Pareloup en Aveyron permet de mette en évidence l’agressivité du mâle pour protéger la frayère ainsi que la nature du support sur lequel il se reproduit.
 
 
Le mâle ventile la ponte avec sa large nageoire caudale pour en éliminer les dépôts vaseux et éviter le colmatage. L’éclosion a lieu dans un délais d’environ 7 jours (110 degrés/jour), le sandre peut se montrer très agressif  pendant cette période.
           Ce comportement agressif associé à une forte fécondité, garantit bien souvent un fort taux de réussite.
La larve mesure de 3,5 à  6 mm. Les alevins se nourrissent successivement de crustacés planctoniques de taille croissante, puis de larves d’insectes capturées prés du fond, elles sont
piscivores entre 10 et 25 mm en fonction de la disponibilité des proies (larves d’autres espèces) puis exclusivement piscivores vers 10 cm.
La croissance est rapide et en automne ils peuvent atteindre 10 à 20 cm suivant la productivité du plan d’eau (richesse de la biomasse).
La mâle est mûr vers 2 à 4 ans pour une taille de 35 à 40 cm, la femelle est plus tardive de 3 à 5 ans pour une taille de 40 à 45 cm, ainsi il est possible de voir des poissons de 2 ans se reproduire.
En période de reproduction, le sandre peut se montrer très agressif, il n’hésite pas à chasser les autres espèces afin de protéger les oeufs. Ce comportement en fait une proie très facile pour certains pêcheurs qui n'hésitent pas à piller les zones de frayère.
Les études de populations réalisées lors des vidanges de barrages montrent que cette espèce est souvent très bien représentée malgré le peu de prises réalisées par les pêcheurs locaux et les agents de l’ONEMA (ex CSP) ne considèrent pas qu’une protection systématique du sandre soit indispensable. Ceci étant, je pense que toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne.
  Une taille légale de capture de 40cm semble aussi peu adaptée, outre le fait que les poissons sont « minuscules », il n’a pas forcément atteint sa maturité sexuelle ce qui implique donc que des poissons puissent être capturés sans avoir pu se reproduire au moins une fois.
            Actuellement, il n’y a donc pas de protection spécifique nationale pour cette espèce pendant la frai.
Certains départements comme l’Aveyron ont compris depuis quelques années qu’il était indispensable de préserver la ressource.
L’association Aveyron Carpe Carnassier Nature et la Fédération Départementale de Pêche, ont recensé sur la plupart des plans d’eaux et grandes rivières du département les zones de frayère les plus connues et mis en place des réserves temporaires (6 avril au 13 juin) qui permettent d’éviter le pillage et de garantir une bonne reproduction. Il faut aussi noter que les autres espèces profitent de ces réserves puisque la pêche y est totalement interdite.
Le sandre étant bien présent dans notre département et le brochet parfois totalement absent, il a aussi été possible de laisser la pêche ouverte toute l’année sur certains plans d’eau tout en y installant nos réserves temporaires.
Tout ceci a été réalisé grâce à une bonne connaissance des populations, des milieux et un travail en étroite collaboration entre l’ONEMA et les pêcheurs.
 
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Mais le cas de l’Aveyron reste aujourd’hui encore trop marginalisé, il serait souhaitable que les instances dirigeantes de la pêche  puissent au travers d’études scientifiques comme celles réalisées sur la 1ère catégorie le PDPG (plan départemental pour la protection des milieux aquatiques et la gestion des ressources piscicoles) quantifier les populations et ainsi si cela le nécessite légifèrent sur des mesures de protections nationales.
En attendant, vous devez consulter la règlementation de votre département (arrêtés préfectoraux) afin de connaître les éventuelles périodes de fermetures et surtout pensez à relâcher un maximum de poissons afin de préserver la ressource et ainsi pouvoir continuer à prendre du plaisir en capturant quelques beaux poissons.
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A bientôt au bord de l’eau.
Jean-mi
 
Je tiens à remercier l’association AQUA COSMOS et tout particulièrement son président Mr Denis PORACCHIA ainsi que Mr Jean-Pierre Dalbin (le réalisateur de ses images) pour m’avoir permis d’utiliser des photos et des extraits du film les poissons de Pareloup. Les documents audiovisuels réalisés en milieu naturel sont rares et vous pouvez retrouver d’autres magnifiques images subaquatiques sur leur site www.aquacosmos.fr
Merci aussi à Michel Taragna qui m’a permis d’utiliser la photo du « nid de sandre » que vous pouvez retrouver sur son site : carnassiers.com.
 

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