Pezon & Michel

INTERVIEW DE LOIC LEMARE , technicien pour la Fédération de pêche du Morbihan.

Actualité rédigée le 12 Apr 2007 par Yannick LINE.

YANNICK: Salut Loïc, est- ce -que tu peux me présenter ton parcours professionnel ?

LOÏC: Je suis un passionné de pêche et de nature et je me suis naturellement dirigé vers un BTS GPN (Brevet de Technicien Supérieur Gestion et Protection de la Nature), je suis également titulaire d’un BEATEP (Brevet d’Etat d’Animateur Technicien de l’Education Populaire) Pêche, Milieux Aquatiques et Environnement et du BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport) pêche de loisirs.

Y: Et ton parcours de pêcheur ?

L: Je pêche depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, mais c’est vraiment à partir de l’âge de 10 ans que j’ai attrapé le « virus pêche » ! J’ai commencé la pêche comme beaucoup par la pratique de la pêche au coup, puis je me suis intéressé à d’autres techniques, les carnassiers m’ont rapidement passionné. Mes pêches préférées restent toutes les techniques de pêche des carnassiers d’eau douce et en mer aux leurres et à la mouche. (sandre, brochet,black-bass, truite et bar). 

 

                                                  

Y: Je vois que tu as vraiment réussi à conjuguer ta passion et ta vie professionnelle !

L: Oui, c’est vrai, j’ai travaillé pendant 6 ans pour la FDPPMA 56 (Fédération du Morbihan pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique) en tant qu’animateur pêche et là ça fait 2 ans que je suis technicien à la station de contrôle des poissons migrateurs à Pont- Scorff. J’ai pour l’instant toujours travaillé au contact des pêcheurs, des rivières et des poissons, ce qui me satisfait pleinement.

Y: En quoi consiste exactement ce travail ?

L: Depuis 1994, un programme de suivi de l’évolution de la population naturelle de saumons de la rivière Scorff a été mis en place en collaboration entre les organismes scientifiques et techniques (INRA, CSP) et les structures associatives de la pêche (FDPPMA 56, APPMA de Plouay et Guémené sur Scorff). Nous sommes deux techniciens en poste à la Station de Pont-Scorff et l’essentiel du travail consiste en la récolte de données sur le saumon. Nous contrôlons les entrées et sorties de la rivière (entrées des adultes, sorties des smolts…) ainsi que la quantification de la production de tacons sur les différents tronçons de la rivière. Ce sont de nombreuses manipulations pratiquées avec précautions sur le saumon ainsi que sur les autres poissons migrateurs présents dans le Scorff (Aloses, Anguilles, Lamproies marines et Truites de mer…).

Y: Quelles évolutions as tu pu constater sur le nombre de migrateurs ?

L: Concernant le saumon, on peut dire que les trois dernières années sont bonnes au regard de l’analyse de l’évolution de la population sur la décennie et des déclarations de captures des pêcheurs à la ligne. En 2006, 1000 saumons adultes (saumons de printemps et castillons) ont remontés le Scorff pour se reproduire. Les pêcheurs à la ligne ont capturé 100 saumons (31 saumons de printemps et 69 castillons. Nous éditons deux fois par an un bulletin d’information « Moulin des Princes infos » qui fait état des résultats des différentes opérations menées dans le cadre du programme scientifique, et que l’on peut l’obtenir sur simple demande.

Y: Selon toi à quoi est dû cette augmentation et va-t-elle continuer ?

L: Les bons résultats de ces dernières années sont à prendre avec précautions car l’état du stock de saumons atlantiques reste dans un équilibre précaire à la merci par exemple d’épisodes climatiques comme des crues très importantes au moment où les œufs sont sous graviers. La crue de l’hiver 2000/2001 avait balayé toute la ponte du cours principal du Scorff, la population était alors repartie grâce aux pontes sur les affluents. Par contre l’arrêt cette année de la pêche professionnelle intensive en mer d’Irlande (une des zones de grossissement du Saumon atlantique) devrait avoir un effet positif sur les retours en rivière dans les prochaines années. Concernant le Scorff, la fermeture de la pisciculture de Pont-Kerlo et la ré-ajustement du tonnage de la pisciculture de Pont-Calleck ont été de bonnes choses pour le saumon et la rivière.

                                        

Y: J’ai cru comprendre que tu allais changer de poste ?

L: Oui, en effet à partir du mois d’avril je quitte le poste de la Station pour occuper un poste d’agent de développement toujours au sein de la FDPPMA56. En effet depuis début 2007, chaque Fédération à la possibilité de financer ou créer deux postes d’agent de développement et un poste de chargé de mission grâce à des crédits qui proviennent d’une partie de la nouvelle CPMA qui remplace la taxe piscicole.

Y: Donc ça veux dire qu’il y aurait potentiellement des postes dans le milieu de la pêche à pourvoir ? Et en quoi consistera ton nouveau poste ?

L: Effectivement, il y aurait encore une vingtaine de Fédérations qui n’auraient pas créé de poste à l’heure actuelle. Il y a donc un potentiel de postes à pourvoir ! Concernant les missions des agents de développement, les fédérations doivent composer à partir d’une fiche de poste établie au niveau national. Il y a trois formules possibles :

 • 100% gardiennage

• 100% animation, développement du loisir pêche

• 50% gardiennage et 50% animation, développement du loisir pêche

Mon poste sera de type 50% gardiennage et 50% animation, développement du loisir pêche. Les principales missions des deux agents de développement au sein de la FDPPMA56 seront les suivantes :

• La garderie avec des missions de police de la pêche, de sentinelle contre le braconnage et l’agression des milieux. Un des objectifs principaux sera de resserrer le lien entre les pêcheurs et la Fédération. Le contact direct sur le terrain avec les pêcheurs sera l’occasion d’échanges. Les agents de développement auront donc un rôle de relais entre les différents acteurs (FDPPMA, APPMA, pêcheurs, propriétaires riverains…) De plus un réseau de gardes particuliers bénévoles sera créé.

• L’appui aux 26 APPMA du Morbihan pour l’organisation d’animations ou de manifestations dans l’objectif de la promotion du loisir pêche

• L’organisation d’animations de découverte et d’initiation à la pêche, de sensibilisation aux milieux aquatiques en direction des publics scolaires et loisirs (CLSH…)

• Toutes actions allant dans le sens de la promotion du loisir pêche…

Y: Le nombre de pêcheurs diminue, selon toi à quoi est-ce dû et comment peut t’on y remédier ?

L: Effectivement le nombre de pêcheurs en eau douce a tendance à diminuer depuis de nombreuses années. L’analyse du fichier pêcheur mis en place au niveau de la Fédération met en évidence que de nombreux pêcheurs en eau douce ne prennent plus leur carte tous les ans alors que le « stock potentiel » de pêcheurs est très important. Les causes probables de la diminution des effectifs sont la multiplication des loisirs et le fait que beaucoup se tournent vers la pêche en mer qui apparaît plus facile d’accès (pas de permis de pêche, moins de réglementations…). Pour y remédier, la FDPPMA 56, au-delà de ses multiples actions dans le sens de la protection et la sauvegarde des milieux aquatiques, accentue ses actions de sensibilisation et de promotion. Il est important de faciliter l’accès à la pêche en eau douce. La réforme de la pêche associative permet aux jeunes à partir de 2007 d’accéder à la pêche à un prix très symbolique (moins de 12 ans une carte annuelle « découverte » à 2 € et carte annuelle « mineure » à 10 €), de plus de multiples actions de sensibilisation et de découverte sont engagées auprès des publics scolaires et de loisirs. L’édition de topoguides et la création de parcours de pêche spécifiques vont aussi dans ce sens. A nous tous pêcheur de promouvoir la pêche dans notre entourage, plus nous seront nombreux, plus important sera notre poids pour défendre les milieux aquatiques !

Y: Quel est ton meilleur souvenir de pêche ?

L: Les souvenirs de pêche sont nombreux et de différente nature. Les souvenirs qui marquent le plus sont souvent liés à la capture de gros poissons ou de pêches miraculeuses. En ce qui me concerne, le meilleur souvenir est sans doute la capture de ma première belle truite sauvage. Je devais avoir 12 ans et avec un copain, nous avions décidé de faire l’ouverture de la truite au toc sur le Tarun au niveau de la Chapelle-Neuve. Habitant Locminé (dans le 56), nous étions partis en vélo chargé du matériel nécessaire. Après la capture de quelques truitelles et de multiples accros j’avais capturé une magnifique truite qui mesurait 27 centimètres que j’avais conservée et fièrement rapportée à la maison. Je me rappelle encore le passage de la ligne en sous berge et la sensation de la touche que je n’avais pas manquée cette fois ! Quel souvenir que la défense vigoureuse de ce magnifique poisson sauvage qui avait bien voulu accepter mon appât !

Y: As-tu un message à faire passer (« taille de capture, avenir de la pêche, environnement…») ?

L: Nombreux seraient les messages à faire passer. L’avenir de notre loisir passe par une attention de tous au respect des milieux aquatiques (pêcheurs, non pêcheurs, agriculteurs, industriels, décideurs et politiques…). Le bon état écologique de nos masses d’eau est d’intérêt général. Les pêcheurs ont un rôle important et doivent montrer l’exemple. Les prélèvements doivent être modérés pour la pérennité des espèces. Je voudrais insister sur un problème qui me tient à cœur. Comme je l’ai précisé je pratique de façon assidue la pêche du bar aux leurres. Je voudrais rappeler que même si le terrain de jeu pour la recherche de ce carnassier paraît immense, le stock n’en demeure pas moins fragile et qu’il demeure indispensable de rigidifier la réglementation en matière de pêche en mer afin de limiter les abus de façon à pérenniser l’avenir du bar. Il serait indispensable dans un premier temps d’instaurer un repos biologique (comme pratiqué pour les carnassiers d’eau douce) de janvier à mars et d’augmenter la taille légale de capture à 42 cm minimum. On a beaucoup parlé des ravages des pêcheurs professionnels sur les frayères (bolincheurs…), mais les pêcheurs amateurs restent parfois irresponsables. Pour exemple, cet hiver, on a vu des cartons de bars de repro sur la barre d’Etel. En effet les températures clémentes de ce mois de janvier ont concentré un gros banc de repro en sortie de Ria d’Etel, quelques bateaux y étaient tous les jours ramenant dans leurs cales jusqu’à une centaine de kilos, quel scandale !!! Sur ces remarques je vous souhaite à tous une bonne saison de pêche !

                                        

Merci beaucoup Loïc d’avoir répondu à mes questions et rendez-vous au bord de l’eau pour de nombreux bons moments à partager! 

Tight lines !

Yannick

 

Du même auteur :

De l’or dans les ruisseaux ( 9 Apr 2014)

Retour sur l'ouverture truite 2014 (30 Mar 2014)

Ouverture de la truite 2014 ( 6 Mar 2014)

Passez en mode vertical ! (20 Dec 2013)

Vidéos

Conseils

Proshops

Revue de presse