LA PECHE AUX APPATS NATURELS ET SES DIVERSES PLOMBEES.

Pour pêcher la truite aux appâts naturels, on connaît tous l’ensemble de base qu’il convient d’utiliser : une canne, un moulinet, du crin, un hameçon et une plombée pour entraîner l’appât vivant vers le fond de la rivière. Viennent s’ajouter à cela, suivant les montages et les styles de pêche, un guide-fil, un émerillon et un fil coloré si possible fluo en corps de ligne.

Chacun choisira son ensemble de telle façon qu’il corresponde à sa pratique et au milieu qu’il aborde de préférence.

Ensuite, une fois au bord de l’eau, viens la notion de montage de ligne. Longueur, diamètre, taille, couleur et forme de l’hameçon dépendent du profil de la rivière, de ses caractéristiques morphologiques ainsi que de l’appât employé. Suivant les pêcheurs, le diamètre et la longueur de la pointe de nylon montés d’un hameçon peuvent être choisis prêts à l’emploi ou élaborés au bord de l’eau à la demande. Mais pour la plombée, pas d’autres choix que de la concevoir nous-mêmes.

Force est de constater que les possibilités de montage sont nombreuses et peuvent être très différentes suivant les utilisations recherchées et les conditions de pêche présentes devant nous.

Personnellement, je ne recommande pas le montage de la plombée à la maison (sauf pour quelques montages spéciaux dont je parlerai une prochaine fois). Il me paraît indispensable de juger de la rivière pour savoir quel type de plombée et quel montage seront judicieux ce jour.

Il est vrai qu’une plombée de base peu ressortir des montages habituels et peu être confectionnée tranquillement chez soi au préalable, mais pour moi, créer sa plombée sur place, permet de s’immerger tout entier dans son action de pêche et d’affiner son montage en tenant compte des véritables conditions de pêche.

 

Créer sa plombée, un passage obligatoire:

Si l’on pouvait s’éviter d’ajouter une plombée sur notre ligne, cela rendrait certainement à l’appât un aspect plus naturel. Malheureusement, impensable dés qu’il y a du courant. Il nous faut donc l’admettre et s’employer à monter une plombée pour pêcher la truite en rivière dés que les eaux sont vives et agitées.

Le but étant d’aider l’appât dans son immersion et d’atteindre la zone de fond, partie fatidique de la rivière où les truites passent l’essentiel de leur temps à nager et à se nourrir. Ensuite viennent les points de la présentation et du passage de l’appât. Du fait que l’appât se trouve immergé et positionné sur le fond suite à l’emploi d’une ligne plombée, il est tout à fait normal d’admettre que nous attraperons des poissons à un moment ou à un autre. Mais aussi, autres possibilités, que nous accrocherons plus ou moins ; que notre appât ne gardera pas forcément sa position préférentielle dans cette couche d’eau ; que nous raterons des poissons à cause d’une plombée inadaptée, par exemple trop lourde ; que les truites seront capturées mais victimes d’un engamage, embêtant si c’est une truitelle ou si l’on pêche en pratiquant le no-kill…

D’où l’importance de construire et d’adapter sa plombée en fonction de son coup de pêche

A quoi se résume une plombée exemplaire :

- elle ne doit pas s’accrocher ou plutôt se caler entre les galets

- elle doit permettre l’immersion rapide de l’appât jusqu’à la couche de fond

- elle doit permettre à l’appât de naviguer sans bizarrerie

- elle doit positionner la ligne à la profondeur voulue et l’appât doit passer « idéalement » en tête de cortège

- elle doit maintenir l’appât proche du fond

Si un des points vient à être contredit, alors il vous faut revoir votre pratique de pêche et/ou votre montage.

 

Etude de cas d’un profil de rivière type:

Pour ne pas sortir du sujet et rester concis dans l’explication, nous ne parlerons pas ici de la tenue de la canne et considèrerons une exécution idéale de notre conduite de ligne durant la coulée.

Prenons l’exemple d’un coup de pêche représenté dans son profil longitudinal.

En général et pour schématiser, on identifiera trois zones bien distinctes :

-la 1ère zone représente l’arrivée du coup, le courant est concentré et la profondeur relativement peu profonde. On l’appellera « l’entrée ».

-la 2ème zone débute à niveau de la cassure et délimite « l’entrée » en amont et la partie profonde et moins rapide à l’aval. On appellera cette partie « la fosse ».

-la 3ème zone correspond à la partie où le fond vient à se rapprocher de la surface et où le courant de surface retrouve progressivement un peu de vitalité. Cette queue de coup, on l’appellera « la sortie ».

Ce profil et ses enchainements de zones, on les retrouve sur toutes les rivières. Il va s’en dire que d’une position à l’autre, bien des choses changent du point de vue des caractéristiques physiques du cours d’eau. Profondeur, débit, vitesse, section, différentiel entre courants de surface et courant de fond, structure de fond…

Puisque tant de paramètres tendent à changer sur la distance, il est tout à fait logique d’adapter sa plombée face à ces changements. D’où l’obligation de la faire évoluer perpétuellement, nous ne pouvons y déroger. Nous n’avons pas le choix si nous voulons pêcher juste et donner à l’appât l’impression la plus naturelle possible.

 

Elaboration de la plombée :

Cas de figure d’une grande rivière :

Le cours d’eau est conséquent, large d’eau moins 10 mètres, la pêche en dérive naturelle façon pyrénéenne est la pratique la plus recommandable pour exercer sur ce type de rivière.

Nous devrions retrouver les 3 zones décrites plus haut, à savoir : l’entrée, la fosse et la sortie. De par l’importance du cours d’eau, chaque zone s’étalera sur plusieurs mètres. D’où la nécessité d’élaborer une plombée particulière pour chacune des zones.

- L’entrée : Elle est définit par une vitesse de courant marquée, un brassement en surface important, une faible profondeur d’eau donc un différentiel entre surface et fond peu élevé et une veine d’eau principale énergique.

De cette analyse découle notre montage : il nous faudra élaborer une plombée concentrée pour transpercer les flots de surface et atteindre le fond, et comme le courant de fond est lui aussi assez puissant, il nous faudra maintenir notre appât à cet étage avec une plombée lourde.

Par déduction, voilà réfléchit la plombée adaptée à notre entrée : une plombée lourde et concentrée.

Concrètement, qu’est ce que cela représente en terme de montage ? Je répondrai que cela va beaucoup dépendre de la taille du cours d’eau et son débit. Il n’en sera pas de même si vous pêchez un paisible cours d’eau de plaine qu’une large et puissante rivière qui descende de la montagne type Gaves / grande Nive / Salat / Garonne / Ariège, pour exemple des rivières emblématiques des Pyrénées.

Restons dans l’idée d’une rivière de 10 mètres de large, plus simple à comprendre et à maîtriser et surtout plus commune et représentative au niveau du territoire.

Bien que les notions de saisonnalité et de température d’eau influent largement sur la manière de se comporter et de s’alimenter des truites, nous allons élaborer une plombée avec un esprit général. Libre à vous par la suite de la faire évoluer de façon proportionnelle suivant vos parties de pêche et des milieux que vous allez rencontrer.

Pour que la plombée soit lourde et concentrée, il nous faudra réunir les plombs et utiliser des plombs de pêche relativement lourds. Il nous faudra aussi maintenir l’appât prés du fond et éviter qu’il ne le quitte.

Personnellement, mon distributeur de plombs est une boîte multi-cases remplie de plombs mous et doux de taille 3 (les plus lourds) à 9 (les plus légers) couramment utilisés par les pêcheurs à l’anglaise. La particularité de ces plombs réside dans le fait qu’ils peuvent être déplacés et glisser sur la ligne sans blesser le crin. Cette boîte couvre mes besoins pour toute la saison.

A titre informationnel, voici un tableau de représentativité taille / poids qui pourrait vous servir à calculer le poids total de votre plombée.

Par la composition de la plombée, la ligne devra décrire une virgule en phase de pêche afin de bien présenter l’appât en position imagée de locomotive. Une belle courbe se dessine à partir de 4 plombs. Avec 5 plombs, elle est souvent mieux articulée.

Les plombées de plus d’un gramme sont rares à l’emploi sauf cas des très grands débits et d’une période de crue.

 

Voici donc un exemple de plombée pour pêcher l’entrée :

2 plombs de 7 et 3 plombs de 6 soit un poids total de 0,51 grammes

Dans les recommandations générales, le plomb le plus léger, ici le plomb de 7, sera toujours positionné côté appât. Les autres plombs, de même poids voir plus lourds, disposés en s’éloignant de l’appât. Ceci dans la recherche d’une présentation courbée optimisée.

La progressivité du poids se fait toujours vers l’amont de la ligne. Jamais d’écart de plus d’un numéro de plomb et de moins d’un centimètre entre deux plombs successifs afin d’éviter les angles prononcés et les cassures dans la ligne. Toujours distinguer une belle virgule articulée entre la ligne et l’appât une fois la plombée construite, sinon corrigez et ajustez votre montage avant de pêcher.
La distance premier plomb / hameçon sera comprise entre 5 et 10 centimètres suivant que vous souhaitiez que votre appât passe plus ou moins près du fond et la liberté que vous voulez octroyer à votre appât.

Tenez compte aussi de la densité de votre appât, un ver tiendra mieux le fond qu’une teigne, ne l’oubliez-pas lors de votre montage !

Puis, une fois que vous aurez positionné ce plomb initial, appelé communément plomb de touche par les pêcheurs au coup, vous établirez la plombée dans sa globalité en disposant les plombs dans l’ordre choisit 7-7-6-6-6. Les écarts entre les plombs doivent être égaux ou légèrement inférieurs en remontant la plombée sur le bas de ligne.

Voilà votre plombée construite et votre ligne prête à pêcher. Faîtes un essai avec une première dérive et remarquez si votre ligne passe trop vite ou trop lentement. Si elle passe légèrement moins vite que le courant de surface, vous êtes proche d’une dérive attrayante et donc d’une plombée adaptée à votre veine d’eau et à votre coup de pêche. Sinon, modifiez jusqu’à obtenir ce résultat.

Le même processus de réflexion doit être reproduit à chacun des postes.

 

Voyons maintenant sur la zone suivante :

- La fosse : Le courant d’entrée a creusé une dépression, les fonds se font importants et moins visibles, la couleur de la couche d’eau s’obscurcit puisque la lumière pénètre moins en profondeur. C’est la zone ou le volume d’eau est le plus important, et de fait, le courant s’assagit en surface ainsi que dans toute la colonne d’eau. Le courant devient alors très lent sur le fond.

On comprend que la plombée devra être totalement différente comparée à celle de l’entrée. Dans ce cas de figure, notre plombée devra être de préférence souple et notre appât devra gagner en liberté.

Il ne faudra pas disposer le premier plomb trop prés de l’appât sous peine de le présenter comme accroché à un boulet et alerter les truites rendues méfiantes à la vue de cet appât au comportement anormal. D’où l’idée de concevoir, avec les déductions précédentes, une plombée reculée, souple et étalée.

Commençons comme d’habitude à disposer notre plomb de touche, je rappelle qu’il est le plus léger du montage. Prenons par exemple un plomb de 8, un numéro plus petit que celui choisit pour l’entrée (n°7), tout à fait compréhensible puisqu’on décide de laisser un peu plus de liberté à l’esche, pas besoin de tenir le ras du fond puisque le courant y est quasi nul. La truite sera plus mobile, pareil pour notre appât.

Ensuite nous disposerons deux plombs de 7 et trois plombs de 6. Nous aurons donc utilisé 3 tailles de plomb différentes, on parle alors de progressivité dans la plombée.

Le poids de cette plombée se chiffre à 0,58 grammes soit un petit peu plus que celle confectionnée pour l’entrée. Pourquoi plus lourd alors que les courants de surface ralentissent ? Tout simplement pour raison que le différentiel de vitesse entre surface et fond est élevé et risque de tordre la ligne jusqu’à la sortir du fond, donc il faudra conserver malgré tout une plombée conséquente, de poids total élevé et supérieur celui de l’entrée.

Pour autant, la disposition des plombs et la liberté accordée à l’appât maintiendrons un aspect naturel à l’ensemble.

On remarque que 5 plombs restent communs entre les plombées des deux zones : deux plombs de 7 et trois plombs de 6. Il n’y a donc pas tant de manipulations à réaliser, juste ajouter un plomb de 8 en pied de plombée. Cela après avoir déplacer les plombs conservés sur la pointe pour bien les positionner afin d’adapter notre plombée à notre coup. Une pince spéciale plombs dépanne énormément dans les opérations de retrait et de glissement des différents grains sur la ligne.

 

Dernière zone à étudier :

- La sortie : la configuration d’une sortie est souvent représentée par un étranglement. Largeur du cours d’eau et profondeur rétrécissent. La rivière retrouve un peu de vitalité, cette vitalité modérée et cet entonnoir sont très prisés des truites en quête de nourriture et beaucoup de pêcheurs oublient de s’appliquer à pêcher cette zone. Et pourtant…

Le courant de fond se réactive, il faudra donc abaisser son plomb de touche. Tant qu’il est encore faible, le plomb de 8 devrait satisfaire. Le différentiel entre courant de surface / courant de fond se réduit, le courant de surface est moyen donc pas besoin d’une plombée trop concentrée pour percer la surface. Dans cet exemple, on conservera la base de la plombée précédente et on retirera un plomb de 6. On obtiendra alors une plombée de type 8-7-7-6-6 à laquelle on accordera une certaine progressivité dans les espacements.




Cette progressivité est l’atout clé pour permettre à la ligne d’être suffisamment lestée pour pêcher au bon étage tout en conservant de la souplesse et du naturel côté appât. L’articulation en courbe devra être respectée.

 

Que peut-on en déduire ?

Par ces exemples, nous avons passés en revue par l’analyse comment aborder chaque zone d’un coup de pêche, souvent commun à toutes les rivières assez larges. Vous noterez que notre plombée a été modifiée mais finalement pas tant que ça. Ces ajustements font preuve d’une certaine logique après observation de la zone de pêche et du retour que l’on traduit après une première coulée. Si la ligne ne passe pas correctement, vous aurez certainement des choses à revoir. Poser vous les bonnes questions. Souvent la réponse apportée solutionnera votre interrogation et vous fera profiter d’une certaine satisfaction si, à la suite, vous touchez cette truite que vous présentiez être là, bien présente sur le poste.

 

Cas de figure d’une petite rivière ou d’un torrent :

Les petites rivières se pêchent au toc en remontant. Les profondeurs sont ici réduites la plupart du temps mais les torrents peuvent nous proposer des beaux pools aux eaux profondes et translucides où les truites sont souvent regroupées et nombreuses.

Les conseils prodigués lors des exemples précédents doivent être repris ici. Une différence importante entre les deux façons d’aborder la rivière résulte dans le fait du passage de l’appât.

Dans la pêche en dérive, on essaye autant que faire ce peu, de positionner l’appât au devant de la ligne. Bien que cela ne se passe pas toujours de telle façon, il est important d’y veiller pour que la truite ne sente pas la présence directe du pêcheur dés l’appât intercepté.

En pêchant amont, la disposition de la ligne dans l’eau est bien différente puisque régulièrement, le fait de tirer la ligne à soi qui accompagne le cheminement naturel du courant durant la coulée, place la plombée avant l’appât et risque de percuter la truite en action de pêche.

Pour éviter cela, le conseil est de pêcher légèrement de biais (ou latéral en dérive si le coup est suffisamment important) afin de positionner l’appât de côté par rapport à la plombée.

Sur ces petits cours d’eau, les poissons sont généralement plus nombreux et opportunistes du fait de la compétition accrue entre eux causée par l’espace de vie réduit. Les réglages doivent être réfléchis mais ne nécessite pas forcément autant de rigueur que sur la grande rivière.

Pour ces rivières, l’emploi de 4 plombs est fréquent. Mais bien sûr, s’il en fallait plus n’hésitez pas à les rajouter.

 

Deux montages de plombée sont à retenir principalement :

-une plombée progressive pour les postes où le différentiel entre surface et fond est important, je pense à un pool. (relire le cas de figure de la fosse).

Plombée possible : 8-7-7-6

-Une plombée concentrée pour pêcher les zones plus rapides et moins profondes du type courant laminaire.
Plombée possible : 7-7-7-7

 

A tenir compte lors de vos parties de pêche :

Les montages des plombées sont sans fin et seront encore et toujours à l’origine d’échanges passionnels entre pêcheurs. Par contre, n’oubliez pas deux règles incontournables.

-une plombée trop lourde avec un premier plomb proche de l’appât sera vite perçu par dame fario

-une plombée étalée avec un premier plomb trop éloignée de l’appât favorisera les engamages

Tenez-en compte…

 

Les autres clés de la pêche au toc :

Pour optimiser notre dérive, interviennent aussi le réglage de la profondeur, le point de posé de la ligne après lancer, la mise en place de la ligne après posé, la conduite réalisée par la canne et son accompagnement, l’angle provoqué par la canne lors du passage de ligne, le matériel employé… Tous ces facteurs qui révèlent que pour réussir dans la pêche au toc ou la pêche en dérive aux appâts naturels, nombreux sont les réglages imposés au pêcheur. La plombée est un élément important sans aucun doute mais est-il le plus important ? Je vous laisse en décider.

Un jour de frénésie, tout le monde touchera du poisson en plus ou moins grand nombre quelle que soit la plombée utilisée. Là où les bons pêcheurs se distingueront, ce sont les jours où la pêche est rendue difficile ; où les réglages devront être poussés à l’extrême et où l’expérience et l’adaptation serviront à leurrer quelques truites vicelardes et tatillonnes. Et ce jour, la plombée devra se rapprocher de l’idéal pour y arriver.

Je vous souhaite de belles sorties de pêche à venir, en espérant vous avoir aidé dans la réflexion pour concevoir vos futures plombées.

Merci de m’avoir lu et à bientôt,

 

Lionel ARMAND

Guide de pêche dans les Pyrénées.

Site internet : www.stagepechetruite.com

Blog : www.guidepechepyrenees.com