Pezon & Michel

STRATEGIES D'OUVERTURE, 2ème PARTIE

Published on Apr 15, 2010 by Yannick LINE.

La date d’ouverture, le 01 mai, va en quelque sorte, déterminer mes postes de pêche à l’avance. Ne voulant pas déranger les sandres sur les nids, je vais donc pêcher là où j’ai moins de chances de les importuner. Mes deux postes de choix seront des plages et zones peu profondes (surtout si ensoleillées) et des arbres immergés en bordure. Pourquoi ces deux types de postes:

  •      les plages et anses peu profondes : je les choisis d’une profondeur maximum de 3 mètres et le plus ensoleillées possible. La profondeur a une double importance : au-delà de 3 mètres on augmente les risques de tomber sur un sandre, et moins c’est profond, plus l’eau se réchauffe vite, et c’est ça qui compte ! Un poisson en eau froide fonctionne au ralenti, sa digestion est plus lente, il s’alimente moins et donc se déplace peu. A contrario, plus l’eau se réchauffe, plus son métabolisme est actif, plus il digère vite et donc plus il a besoin d’énergie. Et en début de saison, les poissons recherchent la chaleur, rappelez vous ces énormes bancs de poissons blancs se réchauffant au soleil, maître Esox, n’est jamais loin !
  •    Les arbres immergés en bordure : je les affectionne pour les mêmes raisons que les anses peu profondes, mais aussi pour une autre raison ; ils offrent au brochet, formidable chasseur à l’affut, le camouflage adéquat pour mener à bien son embuscade !

2_1.JPGLa façon d’aborder un poste a beaucoup d’importance, voici, par exemple, comment je pêche un arbre immergé. J’effectue, dans un premier temps, quelques passages au large du poste en employant des techniques « agressives » (que ce soit par la couleur, vibrations, animation…). Ainsi, s’il y a des poissons réceptifs sur le poste, ils seront plus enclins à effectuer le déplacement pour intercepter le leurre, préservant ainsi le poste. Puis je me rapproche de plus en plus de la structure en réduisant « l’activité » de mon leurre (coloris naturel, pas de billes, animation plus lente…). Si je ne déclenche pas d’attaques, je repasse en mode « actif ». Que ce soit du bord ou en bateau, j’exploite le poste de façon méthodique. En représentant schématiquement un arbre immergé par un V, je le pêche en le longeant de chaque côté, à distance (5-6 mètres). Puis je commence de droite à gauche ou inversement, en fonction de la topographie des lieux, en pêchant vers l’arbre. A chaque lancer je me pose comme question: « Ok, si je prends un poisson ici, est ce que je ne vais pas casser des postes que je n’ai pas encore pêché ». En procédant ainsi, il est possible de prendre plusieurs poissons sur un même poste.

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Une dernière petite chose : ce brochet qui a suivi votre leurre sans le prendre, ça énerve ! En même temps c’est mieux que pas de suivi du tout, ok c’est également moins bien que de prendre le poisson, mais on ne peut pas gagner à tous les coups ! Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos espiègles carnassiers : si un poisson a suivi mon leurre, c’est qu’il était parti pour attaquer. Je suis donc dans « le vrai », mais, il y a quelque chose qui l’a dérangé, l’empêchant de finaliser son attaque. Un poisson ne se déplace jamais pour le plaisir. A chaque trajet, il consomme des calories et donc de l’énergie ; toute action est donc calculée. Sans entrer dans de l’anthropomorphisme exagéré, un poisson ne se déplacera pas si la résultante de son action a un solde négatif en terme d’apport énergétique. Un poisson va changer de poste pour augmenter ses chances de capturer une proie, tout comme, il n’attaquera pas une proie si celle-ci lui apporte moins d’énergie que ce qu’il aura dépensé à la chasser. Bon, le poisson a suivi mon leurre, mais ne l’a pas pris, je vais donc changer la taille, le coloris, l’animation, l’angle de lancer…jusqu’à trouver l’élément inhibiteur, après c’est le jackpot : on a trouvé le leurre du moment ! Quand je pêche à la verticale, tant que le leurre n’est pas au fin fond de la gueule du poisson, je considère que je peux encore améliorer quelque chose. Le plus important ce n’est pas de ne se demander pourquoi je n’ai pas pris de poisson, mais pourquoi j’en ai pris. Pour moi un poisson qui a suivi, mais sans concrétiser, est tout comme pris. Pour être efficace je dois me baser sur des faits, visibles, tangibles, qui sentent le mucus ! J’ai pris un poisson là, avec ce leurre, en utilisant cette animation, à telle heure de la journée, à telle période… Voilà autant de données qui me permettent de comprendre et d’améliorer ma pratique. Et si je comprends ce que je fais, je peux l’extrapoler et l’appliquer dans d’autres situations. Facile à dire, ou à écrire, mais plus dur à mettre en pratique, me diriez-vous vous, et bien pas tant que ça, je m’explique. Lors du dimanche de l’ouverture 2008, pour des raisons professionnelles, je n’ai pu arriver sur l’eau qu’à 18h00. On est deux dans le bateau et nous commençons la session dans une grande anse peu profonde bordée d’arbres immergés (tiens, tiens !). Cédant à une envie de faire nager mon FREDDY 170 Bone (blanc) d’Illex, tout neuf, bien qu’un peu gros pour la saison, on ne sait jamais. Bon, au bout de 20 minutes, on n’a toujours pas vu la nageoire d’un carnassier, et pourtant ce coin « sentait » le poisson ! Je décide de changer de leurre et monte un DEKA Hama-Ku-Ru, coloris Bone de chez Illex, et là, c’est un festival de brochets, dans l’ordre : 52cm, 62cm, 103cm, 68cm et 78 cm.

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Une pêche mémorable, mais qui perd tout son intérêt si on en reste là, il faut se poser la question suivante : pourquoi ai-je pris ces poissons ? Replaçons les faits dans leur contexte : la pêche s’est réalisée dans moins de 2 mètres d’eau relativement claire, par temps très ensoleillé, en fin de journée et sur un leurre de 9,5cm à la nage naturel de coloris blanc. L’eau était donc plus chaude qu’ailleurs vu la (faible) profondeur et l’ensoleillement. Il y avait un tapis de têtards au fond, une grande densité de poissons de fourrage, des postes à foison… Soit une accumulation de facteurs qui, réunis, ont abouti à cette pêche mémorable. On était deux sur le bateau, et Hélori, mon coéquipier, a pêché avec exactement le même leurre, en coloris Ghost Wakasagi, avec la même animation et sur les mêmes postes, mais sans prendre de poisson, il n’avait que des suivis ! La seule différence, et donc le facteur déclencheur des attaques, était la couleur!

Au-delà de tous les bons moments passés au bord ou sur l’eau, des images à jamais gravées dans ma mémoire, des moments de bonheur, d’énervement et de satisfaction. Je vis ma passion, notre passion de la pêche en essayant de déchiffrer ce monde mystérieux qui se cache sous la surface de l’eau et ainsi progresser dans ma pratique. Mais je tente aussi de le comprendre, de sorte à pouvoir mieux le préserver, pour qu’un jour nos enfants puissent prendre autant de plaisir que nous à la pêche.

 
Tight lines et à bientôt au bord de l’eau
 
Yannick

 

 

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