Pezon & Michel

LA FRAYE DES SALMONIDES

Published on Feb 15, 2009 by Lionel ARMAND.

Les salmonidés, truite commune "salmo trutta" et saumon atlantique "salmo salar", représentent les espèces de référence peuplant les rivières aux eaux fraîches et courantes.

Chaque année à même époque, ces espèces sont gouvernées par leur cycle biologique. Une des étapes de ce cycle mécanique assure le renouvellement naturel des effectifs, il s’agit de la période de reproduction.

Cet acte délivre un spectacle visuel d’une rare beauté à qui s’intéresse à la vie des milieux aquatiques et possède un simple sens de l’observation. L’observation durant la période peut, au même titre qu’un suivi de capture durant la saison halieutique et/ou un inventaire piscicole par pêche électrique, indiquer aux gestionnaires de milieux l’évolution des effectifs présents dans les cours d’eau de 1ère catégorie.

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Ce suivi hivernal permet d’assurer un contrôle d’ensemble des populations et aussi d’évaluer le recrutement possible à espérer pour les prochaines années halieutiques. Il permet aussi d’assurer une veille sur les rivières dans une période où ses abords sont désertés, période pourtant si cruciale pour le développement des populations piscicoles, ces poissons qui obnibulés par l’importance de l’acte en deviennent moins farouches et peuvent être sujets au braconnage.

Heureusement cette malveillance est isolée et plutôt rare ; les amoureux profiteront alors de la possibilité exceptionnelle d’approcher aux plus prés les salmonidés qui frayent là juste devant nous, à quelques mètres du bord.

Ces observations renouvelées au fil des années amènent aussi à examiner l’évolution des habitats, des débits, de la qualité des eaux, de la météo.. Les indications d’éventuelles modifications influent directement au résultat d’ensemble du fraie (modification du granulat des zones de frayères, variabilité des courants, surfaces submergées, marnages dues à l’hydroélectricité, amplification progressive de la température, colmatage..). Malheureusement, la plupart de ces modifications sont directement issues des agissements de l’être humain et du besoin de confort du monde moderne. La préservation passe par une sensibilisation de tous les instants, la prise de conscience publique semble en bonne voie, le développement durable tant mis au devant ces derniers temps est un signe d’espoir à la sauvegarde de nos milieux aquatiques, bien que les lobbyings soient encore nos régisseurs pour un temps, il est bon d’espérer un avenir meilleur bien plus respectueux de mère nature.

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Parenthèse faite, je reviens au sujet qu’est la période de reproduction et je vais vous indiquer quelques informations nécessaires pour mieux appréhender cette phase du cycle des salmonidés.

Pour les truites, la fenêtre temporelle de reproduction se situe entre les mois de novembre à février avec un pic en décembre, les saumons fraient durant une fenêtre plus courte, de début décembre à fin janvier mais souvent en suivant du pic d’activité des farios, la photopériode joue un rôle important sur le stimuli déclencheur de l’acte de reproduction, les jours les plus courts représentent souvent la période la plus favorable à une reproduction visible en direct.

Les caractéristiques de la frayère doivent correspondre aux exigences des salmonidés : un fond de galets ou de graviers propres et non colmatés de 2 à 8 cm de diamètre, possédant une bonne infiltration interstitielle (qui pourra assurer l’oxygénation indispensable au bon développement embryonnaire des œufs), une vitesse de courant allant de 40 à 80 cm/s sous un couvert d’eau de 20 à 50 cm en général.

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Sur un profil en long de la rivière, ces sites de dépose sont souvent identifiés en queue de mouille ou trou dans la zone de pré-radier, parfois mais plus rarement on peut les localiser en tête ou entrée des mouilles, très régulièrement sur des zones ou la lame d’eau se resserre aussi bien en hauteur quand largeur. Cet étranglement induit une accélération de la vitesse sur laquelle la femelle salmonidé va s’appuyer lors du nettoyage et du creusement de la frayère, les fines se trouvant dans le substrat seront alors évacuées vers la zone molle du profond suivant.

Les truites préfèreront des zones proches de la berge ou sous un couvert végétal, les saumons se satisferont d’une zone centrale sur le cours d’eau.

La femelle choisi le lieu de dépose, après quelques sondage avec sa caudale, elle validera ou non le site d’implantation, commencera un nettoyage périphérique puis passera au creusement du nid qui servira à la dépose. La taille de la frayère sera proportionnelle à la taille de la femelle qui l’a créée.

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La femelle choisira son partenaire pour l’accouplement, les phéromones attirant avec lui d’autres congénères qui composeront la cohorte des mâles dominés ou périphériques. En général, les couples sont composés d’individus de tailles proches. Le mâle viendra régulièrement croiser la femelle pour la stimuler, des fois viendra vibrer à ces côtés, mais dans tous les cas assurera son rôle de mâle dominant en chassant inexorablement les mâles intrusifs pour assurer une certaine tranquillité dans le travail de sa partenaire et convenir d’une relation de couple.

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La femelle est mâture, elle expulse ces œufs dans le fond de la frayère à l’abri des courants, le mâle collé à elle participe à la fécondation en mêlant sa laitance, corps raidies et mâchoires ouvertes durant quelques secondes. Les spermatozoïdes devront, en moins de 25 secondes environ, fécondés les ovocytes de la femelle afin d’assurer la viabilité de l’œuf. Pendant l’acte, il arrive fréquemment que les mâles périphériques (ainsi que les tacons spermiens dans le cas du saumon) participent à la fécondation. Dés la fin de l’acte, la femelle recouvre les œufs en allant « balayer » les graviers et galets se trouvant en périphérie amont.

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La fécondité est légèrement différente entre les deux espèces, environ 2000 œufs au kilo pour une truite, légèrement moins pour un saumon. Les œufs sont de grosse taille par rapport aux autres espèces de poissons, environ 4mm pour la truite et 5mm pour le saumon, ils sont aussi plus résistants.

La durée d’incubation est elle aussi distincte, elle s’exprime en degrés x jours, l’éclosion s’effectue aux environs de 420 degrés x jours pour la truite (soit 42 jours sous une eau à 10 degrés par exemple ou bien 84 jours sous une eau à 5 degrés), 480 degrés x jours pour le saumon.

Mais la vie sous gravier ne s’arrête pas là !

Et ce point me semble fondamental, trop souvent oublié par les pêcheurs. Suit la période de résorption de la vésicule vitelline, poche ventrale assurant une réserve de nourriture, qui dure 310 degrés x jours pour la truite et 410 degrés x jours pour le saumon avant que ceux-ci n’arrivent au stade d’alevins et émergent de la frayère, libres enfin ils se mettent alors à la recherche de nourriture et d’un habitat adapté.

Ce qui laisse entendre, que la vie sous gravier est importante en terme de durée, il est bon de récapituler en quelques lignes les étapes et durées avec des pontes effectuées à différentes dates :

Simulation en zone montagne :

 

Truite fario commune

Température moyenne

de l’eau

(degrés centigrade)

fraie

incubation

éclosion

résorption

vésicule vitelline

émergence

1er décembre

19 février

21 avril

 

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 Simulation en zone de plaine :

 

Truite fario commune

Température moyenne

de l’eau

(degrés centigrade)

fraie

incubation

éclosion

résorption

vésicule vitelline

émergence

26 décembre

15 février

25 mars


truite_sur_fray__re.jpg

 

Saumon Atlantique

Température moyenne

de l’eau

(degrés centigrade)

fraie

incubation

éclosion

résorption

vésicule vitelline

émergence

26 décembre

23 février

14 avril

 

saumons_sur_fray__res.jpg

On remarque tout de suite que la vie sous gravier peut s’étendre dans la durée, les cours d’eau possédant un régime montagnard et se situant en altitude délivreront leurs alevins des galets que bien après l’ouverture de la pêche, même si une population de truite vivant dans les montagnes enclenche son processus reproducteur plus précocement qu’une population de plaine.

Les rivières de plaine, donc, seront mieux épargnés mais attention lorsque la fraie aura été retardée, et les années ou le deuxième samedi de mars, jour de l’ouverture pour la majorité des départements, se propose tôt dans le mois.

En définitive, les alevins de truite et encore plus ceux de saumon sont à la merci d’un piétinement malencontreux d’un pêcheur, qui heureux de pouvoir traverser la rivière qu’il arpente, s’il passe sur cette zone de pré-radier, détruira tout ou partie du futur recrutement en alevins de sa rivière.

Vous reconnaîtrez le dommage de se priver de la sorte du futur potentiel de la rivière.

Je vous conseillerai donc de traverser plutôt sur des zones où le substrat est grossier ou dans les zones plus profondes, mais éviter les petits galets et graviers fins en arrière de trou dans 30 cm de profondeur, c’est préférable et certainement utile.

Donc amis pêcheurs, à l’avenir pensez à la vie sous gravier si importante pour l’avenir de nos rivières, vous y réussirez certainement si vous suivez dés la période de reproduction le fameux cycle de vie des salmonidés, n’hésitez-pas le spectacle est gratuit et d’une rare beauté parfois.

En plus, vous gagnerez en sens de l’observation indispensable lors de la saison de pêche et vous aurez l’occasion de vous entraîner à localiser les truites grâce à vos lunettes polarisantes, fondamental lors d’une pêche à vue par exemple.

Dernière relève que je voudrais apporter ici et plus particulièrement destinée à la truite fario commune. Toute cette théorie de l’acte de reproduction est basée sur des populations de poissons sauvages, les chiffres avancés régulièrement par les études ou suivis concernant la survie dans le temps des œufs aux alevins jusqu’aux truites adultes ne tiennent pas compte des poissons introduits sous quelques formes que ce soient (alevinage, empoissonnement ..) car ceux-ci de façon certaine, afficheront des réussites reproductrices proches de zéro. Ces actes d'introduction seront utiles essentiellement là où l'effort halieutique est important, sans espérer décupler les populations dans un avenir proche. A mon sens, notre seul choix de gestion à long terme afin de maintenir des territoires salmonicoles est de privilégier la préservation des milieux aquatiques et d’entreprendre des programmes de réhabilitation pour les plus perturbés.

J’espère vous avoir donné l’envie d’aller vous balader au bord des rivières de 1ère catégorie, même en période hivernale, peut-être verrez-vous la rivière différemment à l’avenir et gardez à l’esprit que chacun de nous a le pouvoir et le devoir de préserver notre patrimoine (obligations dans les statuts aux adhérents des Association Agréées pour la  Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques) car, comme le dit si bien un slogan, « l’eau, c’est la vie ! »

Sur ce message militant, je vous souhaite à tous de doux moments halieutiques.

Lionel ARMAND

www.guidepechepyrenees-64.chasseurdetruites.com

Tél : 06.84.24.67.44

 

 

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