Pezon & Michel

FLASH BACK : OUVERTURE TRUITE AU TOC SUR LA VEZERE.

Published on Jun 17, 2007 by Alain FOULON.


 
L’ouverture de la pêche de la truite n’est pas, dit-on, une journée ordinaire. Elle symbolise et matérialise l’éveil d’une nature encore assoupie, mais avant tout, fait naître de nouveaux espoirs à la faible lueur du soleil du mois de mars dont la pâle clarté, presque livide, tente désespérément de réchauffer une terre encore frissonnante des affres de l’hiver. Les habitudes veulent que le pêcheur échafaude, longuement à l’avance, une stratégie qui lui permettrait de déjouer les pièges que ne manqueraient pas de lui tendre les aléas météorologiques…et les viles stratégies élaborées par des confrères mieux avisés.
Le vendredi précédant la fameuse ouverture, nous n’avions toujours pas décidé - Jean-Michel, Gérard et votre serviteur - comment nous allions aborder cette fameuse journée qui, depuis plusieurs semaines déjà, hantait pourtant nos nuits et occupait une large part dans nos esprits. Des pluies récentes avaient malheureusement gonflé les cours d’eau qui, désormais, débordaient de leur lit en charriant les matériaux entreposés sur leurs berges depuis les dernières crues automnales. Les eaux s’étaient immédiatement teintées, et le niveau des rivières du Limousin était monté. L’analyse des quelques renseignements que nous avions pu glaner çà et là et une étude détaillée des cartes d’état-major de la région nous firent prendre une décision inattendue : on verrait bien demain matin ! Dès l’aube, nous prîmes finalement la direction du plateau de Millevaches où des truites encore sauvages hantent des rivières aux eaux brunes et mystérieuses. Dans cette région encore préservée, les poissons grossissent difficilement en raison de la pauvreté du milieu et de l’acidité des terres. La Vézère et ses petites truites dorées allaient nous accueillir pour célébrer dignement une journée que nous souhaitions mémorable. Par chance – mais surtout grâce à l’aide bien involontaire d’un micro-centralier – les eaux étaient redescendues à un niveau convenable, mais nous imposaient une pêche au toc qui devait, finalement, se révéler la plus efficace et la plus agréable à pratiquer dans ces conditions. Les cannes furent montées avec fébrilité mais dans une bonne humeur communicative. Après ces préparatifs méticuleux, voire fastidieux, nous pûmes enfin rejoindre les berges de la rivière dont le doux murmure, presque plaintif, parvenait à nos oreilles pour nous annoncer la proche délivrance après plusieurs mois de privation et une trop longue abstinence.
 
Au fond des gorges de la Vézère régnait une obscurité presque totale, et c’est avec une application infinie que nous effectuâmes nos premières dérives ; les premières touches ne se firent pas attendre longtemps, et des truitelles nerveuses et agressives furent les premières à venir nous saluer.
 
 
Une plombée regroupée près de l’hameçon s’avérait nécessaire afin de présenter correctement un petit ver de terreau au ras du fond, mais Jean-Michel choisit un montage « inversé » à notre plus grand étonnement.
 
 
 
Nous traversâmes un bois obscur, presque sinistre, et continuâmes à remonter le cours d’eau à flanc de colline en prenant toutes les précautions d’usage en raison des roches rendues glissantes par les récentes précipitations.
 
De temps à autre, des bourrasques emportaient nos lignes et rendaient leur contrôle hasardeux, tandis que ce vent glacial s’insinuait sous nos vêtements ; c’est donc avec soulagement que nous vîmes apparaître un timide soleil printanier dont les rayons ne tardèrent pas, toutefois, à nous réchauffer. L’augmentation progressive de la température ambiante et des eaux de la rivière déclencha la frénésie alimentaire des truites qui se saisirent de nos appâts avec complaisance.
 
 
 
 
 
En choisissant ce magnifique cours d’eau, nous savions qu’il nous offrirait un visage authentique, presque totalement préservé, et que ses truites sauvages nous émerveilleraient par leurs robes dorées, la douceur de leurs corps fuselés et la puissance de leur défense.
 
 
 
 
Les captures se multiplièrent jusqu’à la fin de l’après-midi où le vent redoubla de vigueur et contraria l’application que nous mettions à réaliser des dérives acceptables.
 
C’est justement ce moment précis que choisit Jean-Michel pour démontrer l’efficacité de sa lourde, et non moins redoutable, « plombée inversée » qui parvint à tromper la vigilance du plus beau poisson de la journée, un superbe mâle à la robe sombre et ponctuée de gros points noirs. Une lutte aérienne et spectaculaire s’engagea entre l’homme et l’animal. Finalement, le poisson épuisé finit par se rendre et fut échoué sur les galets immaculés de la rivière qui l’avait vu naître.
 
Tout était fini. D’ailleurs, un monstre de béton obstruait désormais l’horizon et nous indiquait que nous ne pouvions poursuivre davantage notre progression. Comme pour les truites de la Vézère, notre voyage s’arrêtait au pied de ce barrage…
 
 
Alain Foulon
 

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