Pezon & Michel

COMPLAINTE D'UN FV A PIERRE-PERCEE !
Published on Dec 10, 2008 by DAVID PIERRON.
Enfin un week-end avec deux matinées de libres pour aller à la pêche ! Sans hésitation, c’est une fois de plus sur le lac de Pierre-Percée, à la limite entre de la Meurthe et Moselle et de Vosges que je vais les passer. Pour être honnête, je n’y a encore jamais fait de pêches exceptionnelles mais la beauté, la quiétude des lieux et surtout la dimension mystérieuse de ces eaux profondes suffisent à attiser mon attirance pour les lieux.
Jusqu’à cette année, pour moi, Pierre-Percée, c’était powerfishing en bordure à la belle saison puis plomb palette en hiver. Des pêches « faciles » où on relève les compteurs en gardant ses repères : rassurant mais pas toujours productif. Pêcher une matinée aux leurres souples dans 20 mètres d’eau, il faut une sacré dose de détermination. Autant dire impossible lorsqu’on a un invité sur le bateau. Mais ce week-end, j’étais seul à bord du mythique Wha-One.
Samedi, 7h, le jour se lève sur le lac. La blanchaille qui grouillait encore dans l’anse où se situe la mise à l’eau ont disparu. La semaine de froid passée a sonné l’heure de la migration vers les lieux d’hivernage. Ce matin, il ne fait pas froid, le temps est calme sans vent. Je reprend où j’en étais resté lors de ma dernière visite : perche, plomb palette, chemin forestier sous 12 m d’eau. Sur le chemin, pas un écho. J’arrive à 15 m un gros banc de fourrage apparaît entre 2 eaux, mais pas un écho de carnassiers aux alentours. Arrivé sur le poste, c’est maintenant des échos denses formant des vagues qui apparaissent sur les 5 derniers mètres : des perches sans aucun doute ! Sûr de moi, j’ouvre le pick-up de moulinet et laisse glisser le plomb palette jusqu’au fond, mais rien. Les perches sont déjà ailleurs tandis qu’un autre banc repasse plus haut. Les poissons sont sur la zone, mais en permanence en mouvement. Mes changements de leurres et de présentation n’y font rien.
Tant pis, on va aller entraîner les shads à la plongée profonde. Direction les zones profondes, où depuis que je sillonne le lac, j’ai repère fréquemment de gros bancs de poissons suspendus, que j’imagine être des corégones, ou quelques chose d’autres susceptibles d’attirer les gros brochets. Je profite de cette séance de verticale pour mettre en pratique les infos recueillies lors d’une dernière partie de pêche avec l’ami Gaël. Ça ne fait aucun doute, j’ai pêché sur des zones poissonneuses. Après 3 heures, le nez rivé sur l’écran de mon sondeur, je n’ai pas ressenti une touche. Mais par trois fois, l’adrénaline est montée quand sur l’écran du sondeur une ligne partie du dessous venait distinctement à la rencontre de celle laissée par le mouvement de mon leurre. Je n’avais rien pris, mais je suis reparti avec le sentiment de ne pas avoir perdu mon temps !
Dimanche, 7h45, je suis un peu à la bourre car j’ai hésité à me lever. La bredouille de la veille m’avait refroidi, mais au final, une lueur de lucidité dans mon brouillard cérébral matinal m’avait poussé à me lever. Je ne pêche pas ici autant que je le souhaiterais, alors il fallait saisir l’opportunité d’en comprendre un peu plus sur ce lac.
Il fait encore plus doux que la veille, il n’y a toujours pas un souffle de vent. Le lac d’huile reflète la couleur chatouillante des feuillus où viennent se mêler quelques touches sombres des grands sapins. Quatre cormorans viennent de l’envoler. Au large, quelques petits gobages trahissent la présence de bancs de fourrage. Habituellement, c’est ici à l’anse du village, que je prend les perches dès novembre. Aujourd’hui, c’est pire que la veille, je n’en trouve pas un banc. Une heure passe et toujours rien, ne serait-ce qu’un indice ! C’est donc reparti pour un remake du grand bleu, mais ce matin, je commence plus petit : shad chartreuse 11cm et tête de 21grs. En patrouillant, entre 15 et 30 m, je me rapproche d’une grosse rupture de pente que j’avais repéré lors de l’abaissement du niveau (-21m) en 2003.

J'y suis. De 25 mètres le fond passe brutalement à 19 mètres, il y a de nombreux échos sur la zone. Poc ! : une touche net mais discrète sans brutalité. Ferrage. Mon bras a bougé, en revanche, l’anneau de tête de ma Specialist Jig 12-28grs n’a pas fait le trajet. Sous l’impulsion des deux coups de tête qui suivent immédiatement le ferrage, la canne fait même trempette. Il ne s’est pas passé une seconde mais, je sais déjà de quoi il s’agit ! Le démarrage puissant vient me le confirmer, c’est un gros brochet. Pendant 5 bonnes minutes, peut-être d’avantage, je ne sais plus, le temps s’est suspendu. Il a enchaîné sondages et rushs latéraux. Il n’y avait pas d’obstacles pour son salut. J’étais confiant. Je pouvais profiter du nerf de la canne et de la complainte du Specialist FV300. Je le vis enfin apparaître. Il était gros mais pas immense, maîtrisable seul en tout cas. Car est venu le moment de hisser cette barre de muscle sur le bateau. Par précaution, j’avais desserré de quelques crans le frein du moulinet. Ça m’a été bien utile lors des tentatives de « gripage » échouées. Il faut dire que mon fish grip actuel n’est pas vraiment adapté au brochet qui à la fâcheuse tendance de garder le bec cloué ( par la stupéfaction, peut-être). Enfin, le poisson est pincé. Je me relève et hisse la bête qui me semble interminable. Le peson indique 19 lbs, presque 20. Le Pulse shad chartreuse est là, parfaitement piqué dans la commissure des lèvres. Je prend un repère sur la canne, 1 cm sous la ligature de 3ème anneau (1.09m en réalité). Et maintenant séance photo. Je suis seul. Il ne m’est pas possible de me prendre seul avec un tel poisson sans éterniser son exondation. Je mouille la moquette du bateau, pose le brochet et prend rapidement quelques clichés avant de remettre mon brochet record à l’eau. Pas nécessaire de le réoxygéner beaucoup, d’un coup de queue tranquille, il reprend sa liberté. Puis il ondule avant de disparaître dans l’onde. La voici ma plus belle image ! Car la petite tête de ce poisson proportionnellement à son corps me laisse penser qu’il s’agit d’un relativement jeune poisson. Dans quelques années, c’est peut-être lui qui constituera mon nouveau record personnel.
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